Denys Bourdeau

 

Estran,
suture nomade entre terre et mer,
bornage fluctuant à la géographie éphémère,
lavé sans cesse et délavé, à heures comptées,
dans la respiration des eaux qui se dilatent, enflent, puis décroissent.

Estran,
Seuil du domaine de la Mer,
Lisière où se dénude le grand corp des continents,
terre à peine terrestre, terre dépouillée, purifiée, ascètique,
terre où se fait l'osmose entre la mer et le ciel grand ouvert.

Visage minéral, offert dans l'exondation,
âme à nu face à l'horizon,
toi face à toi-même.
Vois le poli des galets pour un temps immobiles,
pensées lisses sagement posées dans le lit de la mémoire.
Vois la résille des stries et des ridules sur la peau du sable humide, reconnais les stigmates du temps.
Regarde la grande laverie de sel en travail sur ton coeur,
fissures, agrégats, boursouflures, sillons, craquelures
sur les roches érodées dans la forge patiente des eaux.

 

Vois le passage des courrants turbides,
les vasières couleur de cendre, dépôts alluvionnaires de ta vie où tu ne mets plus les pieds depuis longtemps.

Devine au piquetage d'étoiles noires qui troue la surface, devine les espèces fouisseuses tapies sous l'arasements des vases.

Estran, patrie de l'air et de l'eau,
la matière a la consistance de la lumière,
les portes sont grandes ouvertes sur l'infini que tu portes en toi

Hélène Kerillis, sept. 2000

   

Sa discrétion nous a éloigné de ses graves problèmes de santé depuis longtemps.
C'est un membre actif à la fois de la MPT centre et de l'association "Pour l'Instant" qui s'en va, et c'est un ami associatif avec lequel j'ai fait un bon bout de chemin dans le socio culturel et la photographie.
Denys était membre du conseil d'administration du centre socioculturel de l'ACS centre ville et de l'association "Pour l'instant".

P. Delat
5 mai 2006

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